Cas n° 10: Le Nageur d’Auschwitz. (2)
Le Nageur d’Auschwitz.
Afred Nakache, était un juif pied noir d’Algérie, qui fut déporté dans un camp de la mort.
Personne, qu’il s’agisse de juif, chrétien ou musulman, n’a été déporté depuis l’Afrique du Nord vers un camp de la mort pendant la seconde guerre mondiale. Mais, l’abolition du décret Crémieux le 7 octobre 1940, décret qui avait accordé la citoyenneté française aux juifs d’Algérie, eut de lourdes conséquences pour eux. Jacques Derrida en fut une des victimes et sa célèbre théorie de la déconstruction est probablement née de ce traumatisme de son enfance.
Par contre, ce sont au total 1111 juifs originaires d’Afrique du Nord résidant en France métropolitaine qui seront déportés, avec leur famille. Si on compte les enfants nés en métropole on arrive à 1500 déportés.
57 seulement en sont revenus. Alfred Nakache est l’un des 57.
Il est le plus célèbre des juifs pieds noirs déportés. C’était un athlète de haut niveau : natation, water-polo. Déporté à Auschwitz, premier survivant de la Shoah à intégrer une équipe olympique et surnommé pour cela : « le nageur d’Auschwitz ».
Il est né le 18 novembre 1915 à Constantine, cadet d’une famille juive de 11 enfants. Ce fut un athlète de haut niveau : natation, water-polo. Jeune enfant, il avait horreur de l’eau et pour surmonter cette répulsion, il se mit à la natation. En 1931, à 16 ans il gagne la coupe de Noël de Constantine. L’année1934, âgé de 20 ans, il part vivre en métropole, participe à ses premiers championnats de France et termine 2ème du 100m. Il n’est pas sélectionné en équipe de France car non Français et non licencié dans un club français.
Remarquons donc, qu’avant même l’abolition du Décret Crémieux, pour certains la qualité de Français n’est pas reconnue à un Français d’Algérie.
Il s’inscrit alors au Racing club de France et, bat le record de France du 4x200M. Sélectionné pour les JO de Berlin en 1936, il rencontre bien des difficultés parce que juif. Il échoue au pied du podium : 4ème de son épreuve en finale. Il bat également le record du monde du 200m brasse.
En 1939, il se marie avec une juive également native de Constantine. Après l’abolition du décret Crémieux, pour échapper à ses conséquences, il part vivre à Toulouse, en zone libre. Devenu professeur d’éducation physique, il s’inscrit aux Dauphins du TOEC, à la piscine municipale de la ville. En 1942, il ajoute 5 titres de champion de France de natation à son palmarès.
Il se rapproche des milieux de la résistance juive (armée juive) et devient instructeur pour la préparation physique des jeunes recrues du réseau. En 1943 il est victime de l’antisémitisme de la presse collaborationniste et il est interdit de bassin. Par solidarité, plusieurs nageurs du TOEC font la grève de l’entrainement.
Arrêté avec sa famille par la Gestapo le 23 novembre 1943 sur dénonciation, il est interné à Drancy et déporté à Auschwitz par le convoi n° 66 du 20 janvier 1944. Sa femme et sa fille, 2 ans, sont gazées dès leur arrivée mais Alfred Nakache ne l’apprendra qu’après son retour de déportation.
A Auschwitz il est affecté à l’infirmerie, ce qui est un « bon » poste. Il détourne de la nourriture pour la distribuer aux malades. Parce qu’il est juif et athlète de haut niveau, il est souvent humilié par les nazis.
Sa solide constitution lui permet de résister. Pour maintenir le moral de ses compagnons, il organise des séances clandestines de baignade dans les réservoirs à incendie du camp. En janvier 1945 il participe aux marches de la mort pour arriver à Buchenwald où il est libéré par les Américains en avril 1945.
Il a déclaré : « Je sors de la tombe. Il faut avoir vécu la vie de ces camps pour s'imaginer ce que c'était. Quand on fera le compte des rescapés et des manquants, on aura du mal à en croire les chiffres. De 85 kilos, je suis tombé à 61, et je ne dois la vie qu'à ma volonté d'en sortir, de ne pas manger d'immondices ou de cadavres malgré la faim. Je pèse actuellement 70 kilos ».
Il apprend la mort de sa femme et sa fille…
et découvre avec stupéfaction, que le croyant mort, à Toulouse la piscine municipale de l’ile du Ramier avait été rebaptisée « piscine Alfred Nakache », nom qu’elle porte toujours aujourd’hui. Une piscine parisienne porte également son nom.
France Soir, édition du 30 août 1944 (nouvelle également publiée le même jour dans Franc-Tireur).
Nakache reprend l’entrainement et du poids et, en 1946, bat le record du monde du 3x100m 3 nages. En 1948 il participe aux JO de Londres puis entre en équipe de France de water-polo.
Alfred Nakache décède en 1983 d’un malaise cardiaque en nageant le kilomètre qu’il faisait chaque jour dans le port de Cerbère.
Il avait refait sa vie en 1948 en épousant Marie une jeune sétoise. Il est enterré à Sète et sur sa tombe on peut voir les noms de sa femme et sa fille gazées à Auschwitz.
Voilà la vraie histoire de la colonisation française en Algérie.
Piscine Alfred Nakache à Toulouse.
